ÊTRE UNE FEMME RAPPEUSE : LE PARCOURS DU COMBATTANT !

Le Mali est devenu comme le Sénégal des années 90 – 2000 c’est à dire « une terre du rap ». Iba One, Gaspi, Master Soumy, Mylmo ou encore Young PÔ sont devenus de véritables ambassadeurs. Mais une question subsiste. Où sont les femmes ? Presque 20 ans après la démocratisation du rap au Mali, et quinze après le succès de la matriarche du rap Amy Yèrèwolo qui continue toujours de se battre, les artistes féminines dans le rap restent encore très largement invisibles au sommet et n’arrivent pas à remplir les grandes salles. Quand j’ai entendu que Ami Yèrèwolo avait initié un festival pour promouvoir le rap féminin, je n’ai pu réprimer un : « Enfin, il était temps ! ».

Est-ce qu’il faut forcément se comporter comme un homme pour réussir dans le rap ? Alors que beaucoup de rappeuses ont abandonné le rap en plein vol, les avis sont unanimes. Pour que les femmes « percent » dans le rap, il faut beaucoup de sacrifices. Elles ont du talent et toutes les qualités pour s’imposer mais la société, la famille, les proches sont souvent là pour les décourager. C’est ainsi qu’on a connu Berthez, Achourita, Sista Rima, Timfa et bien d’autres qui ont brusquement mis fin à leurs carrières alors qu’elles commençaient à être « kiffées ». Koro la Diva, une autre figure emblématique du rap féminin est sur la même longueur d’onde. Pour s’imposer en tant que femme, il faut se battre plus que les hommes. La jeune femme sociétaire de la Team Gladia est un personnage à part entière. Pour elle, son style est un moyen d’affirmer sa personnalité et d’être « elle-même ».

 

Une attitude qui détonne avec celles de ses anciennes consoeurs comme Sista Rima aujourd’hui mariée et hors du « Game » mais qui résonne avec celle d’une Ami Yèrèwolo qui croit dur comme fer que les femmes ont un rôle à jouer. Ami Yèrèwolo est la première rappeuse du Mali à créer un festival qui cette année sera à sa 5ème Edition. Elle incarne l’image d’une femme libre, féminine et qui renverse les stéréotypes et n’hésite pas à parler de son « indépendance». Ami D, avant elle, avait déjà posé les bases d’un rap féminin où les femmes reprennent les codes du game pour se les réapproprier et s’affirmer. Malheureusement depuis son mariage avec le rappeur King Massassi on entend plus parler d’elle alors que son mari continue toujours à chanter et est même devenu un grand photographe de renommé international. Si dans certains pays africains comme le Nigéria ou le Sénégal, la figure de la rappeuse féminine qui s’assume est déjà bien ancrée, le Mali accuse un certain retard. Mais les rappeuses ne rejettent pas en bloc les codes du rap masculin et affichent fièrement leur attachement à la « Rue », à l’image d’une Kadi Walé qui s’est imposée sur la scène nationale avec des titres très provocateurs : ABI NAN KAN, TOURE. La jeune femme se désole que les médias donnent une mauvaise image de son style.  Quand à Miss MD, une autre Diva du game actuellement chez les femmes, pour elle, il existe une véritable solidarité dans la Wara Gang où elle s’est imposée comme une lieutenant de Gaspi. Elle n’hésite pas à discuter avec ses fans sur les réseaux et à imposer ses choix. La rappeuse a souvent été critiquée pour son arrogance et sa confiance en elle, jugée démesurée. Mais on découvre une autre facette de sa personnalité, beaucoup plus attachante et humaine.

Si les rappeuses comme les rappeurs viennent souvent des mêmes quartiers, d’autres barrières empêchent ces dernières de s’imposer sur la scène du ghetto.

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